Bonjour Isabelle,
Je vais m’ efforcer de répondre point par point, en précisant à titre liminaire que dans l’idée d’un gouvernement économique et politique européen, il faut que les Etats adoptent des règles uniques en matière économique et en matière de prélèvements obligatoires (droits, taxes, impôts, cotisations sociales).
- L’UE, c’est un marché de 500 millions de consommateurs, contre 300 millions aux Etats-Unis (EUA)
- sur la préférence communautaire (rien à voir avec le concept nauséabond de préférence nationale). Les européens ont accepté une monnaie unique avec le transfert d’un certain nombre d’éléments de souveraineté économique et financière. On se trouve dans un espace sans frontières intérieures qui « attend » de devenir un Etat à part entière. Il y a désormais un « ciment » qui dépasse les nations européennes.
On a atteint un tel niveau dans ce processus que si on reste bloqué à l’échelon intermédiaire actuelle, c’est ériger en règle les soins palliatifs alors que les traitements existent.
- la préférence communautaire = hausse des prix ?
Tu soulèves un problème celui du coût de la main d’œuvre en Europe. C’est la raison pour laquelle il faut que les entreprises soient soumises aux mêmes taux de prélèvement en Europe.
Le problème en France, c’est le poids excessif des prélèvements obligatoires de manière générale (la France est au premier rang des pays de l’OCDE, suivie de la Suède) et en particulier du poids des charges sur les salaires. Si l’on met de côté les salaires inférieurs à 1,6 fois de SMIC mensuel, lorsqu’un salarié touche 30 avant IR, il en coûte 100 à l’entreprise. Si l’on considère que le taux moyen d’imposition du salarié est de 28 % (je prends un taux médian), on voit que l’Etat est un ogre et en plus un panier percé en déficit !
Une réforme profonde de l’Etat est indispensable car depuis 20 ans on ne crée plus d’emploi en France. Ce sont les TPE et PME qui créent et assurent l’essentiel de l’emploi. Elles sont écrasées par les charges et ne peuvent pas créer des emplois.
Alors que fait-on devant un Etat qui ne se réforme pas ? On délocalise par facilité. Le système est l’inverse d’une courbe vertueuse.
Avec des charges moindres, on peut produire moins cher, davantage. Plus on défend la production en Europe et plus on augmente la capacité contributive de chacun aux finances publiques. Les prix sont en définitive faits par le consommateur (il n’en est pas toujours conscient) par le prix qu’il est prêt à payer.
-sur l’incitation financière des entreprises
Incitation financière au sens où je l’entends, n’est pas à comprendre au sens de « subvention » (en parlant de subvention, il faudrait également supprimer les subventions à l’agriculture, mais c’est un autre débat). Les moyens d’intervention financière sont du ressort de la politique fiscale et du législateur : ECO TAXE, TAXE CARBONE, exiger que les produits importés soient produits selon les mêmes normes sanitaires et techniques qu’en Europe.
Exemple : en France, un producteur de pommes ne peut pas utiliser tel ou tel produit phytosanitaire (en fait pesticide). Mais, telle centrale d’achat d’une chaîne d’hypermarché peut importer des pommes d’Argentine ou du Maroc où ces produits sont utilisés de manière intensive. Même chose dans la production de vêtements, électronique, etc…
N’oublions pas que la mondialisation, ce sont nos « vendeurs » qui maîtrisent toute « la chaîne ». Donc on a un levier très fort sur les flux. Et aujourd’hui au-delà des coûts de la main d’œuvre, la délocalisation est un échappatoire pour l’application de corps de normes auxquelles un opérateur européen est soumis.
Une grande majorité de produits importés hors UE ne sont pas facturés dans leur pays d’origine mais passent par des circuits financiers sophistiqués pour arriver à des prix que l’on pourrait produire en Europe. Sais-tu quel est le pays qui « en données comptables » est le principal producteur de bananes ? Les gens sont surpris.
- sur l’harmonisation des charges et des salaires.
Il faut arriver à des taux de prélèvements identiques en Europe. Les rémunérations c’est plus délicat. En France, les salaires ne sont pas les mêmes à Paris, Sarguemines, Marseille ou Rodez.
- concernant le transport en Europe c’est effectivement la jungle. (Tu fais quoi exactement dans le transport : transporteur B to B, transporteur B to C ou commissionnaire ?)
Pour ce qui est des écarts de coûts, je comprends que ton souhait ne soit pas d’aller t’installer dans les pays baltes. Un opérateur en France pour résister doit déjà mettre en œuvre toutes les solutions d’optimisation possible pour écraser les prélèvements pour supporter le coût du pétrole.
Et en matière de transport intra communautaire le système est difficilement perfectible mais une rémunération minimale est nécessaire. Si le coût du transport remonte, le transport international devient plus cher et rend la production sur place plus intéressante. En Lorraine, la dernière boîte de fabrication de téléviseurs a fermé en 2004 pour délocaliser en Turquie. Aujourd’hui l’usine réouvre en Lorraine en raison des coûts élevés de transport et de chaîne logistique depuis la Turquie. Un certain nombre d’emplois détruits ont été rétablis. Cet exemple permet de pointer le risque c’est une perte de certains savoir faire en Europe, et le risque de consolidation des positions monopolistiques de l’extérieur.
Dans la situation ultra permissive actuelle, chaque groupe fait selon son intérêt, mais il y a des équilibres qui sont indispensables (autonomie alimentaire, etc,…) déjà que l’on ne dispose pas d’autonomie énergétique.
Il faut un peu de prospective pour comprendre les enjeux d’aujourd’hui et de demain et réfléchir à ce qui devrait être, grâce à nos expériences respectives, en essayant de voir ce qui doit être changé et ne pas nous laisser facilement induire en erreur par les intellectuels et journaleux "officiels" (Minc, BHL & consorts) qui appointés par ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change (et qu’ils conseillent par ailleurs), martèlent que l’on ne peut rien changer au cours des choses.
En attendant, il faut comme tu le dis essayer de s’adapter mais on ne le peut pas comme il le faudrait car on n’a pas les moyens de le faire comme il le faudrait. On est dans une situation tout aussi peu favorable que celle de Sisyphe dans le Tartare.
Selon tes activités, il y a des solutions efficaces de réduction des coûts à l’Ouest de l’Europe sans besoin d’aller à l’Est... l’échiquier financier européen est mon quotidien.
Ai-je répondu sur les différents points, Isa ?
Je poursuivrai cette discussion ave plaisir,
Bien à toi
Anibal