Discussion: L'Europe et vous?
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Re : L'Europe et vous?
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anibal
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Par défaut Re : L'Europe et vous? - 22/08/2008, 20h45

Un rapport public de prospective économique établi, sous la direction d’Eric BESSON, à la demande du gouvernement FILLON, fait le point de manière assez décapante sur la situation. Je le tiens à la disposition de ceux qui voudraient aller + loin sur le sujet (je rechercherai le lien de téléchargement et en attendant je peux vous l’envoyer par E-mail en version PDF).

Quelques chiffres pour être concret.

Aujourd’hui, 65 % du commerce en Europe est « intra communautaire » et l’Europe est le plus grand marché de consommation au niveau mondial. Nous fabriquons aussi la mondialisation parce que tel ou tel groupe européen décide de faire fabriquer moins cher dans tel ou tel pays. Si une vraie norme de préférence communautaire incitait financièrement la production en Europe, les groupes n’iraient pas se fournir en Chine pour un certain nombre de produits car il n’y a pas qu’une question de coût de main d’œuvre.

Exemple vécu : j’ai acheté un imper de marque X en 2005. Prix : 550 € dans un magasin parisien. L’année suivante, lors d’un déplacement, Air France perd ma valise. J’ai donc dû racheter un imper en 2007 (l'assurance me l'a remboursée sur facture). J’ai repris un modèle la même marque dont j’ignorais qu’elle avait été racheté entre temps par un groupe chinois et la production totalement délocalisée en Chine.
J’ai payé un peu + cher. Curieux, non ?

Cela veut dire que l’on peut « orienter et diversifier» les flux financiers et les commandes auprès de certains pays, pour réduire leur capacité à capter des devises (par exemple en multipliant nos pays d’approvisionnement) pour rendre nos économies plus compétitives et moins fragiles vis-à-vis de X ou Y et moins exposée au risque A ou B. Il est vrai que les prix de vente pourraient s’en trouver + élevés mais la différence peut ne pas être très importante sur certains produits, comme le dit Laurent. Car il y a en fin de chaîne le prix maximum que le client peut payer et c’est ce qui fait le prix de vente, au-delà il est impossible de vendre. Ce qui veut dire que c’est surtout une question de course aveugle à la marge maximale qui est paradoxalement ruineuse. Et nous sommes par ailleurs inondés de produits de consommation « jetables » qui finalement ne sont pas d’une grande utilité, ni d’une grande fiabilité, comme le souligne Laurent.

Le risque de perdre des marchés avec la Chine est supportable et n'est pas anachronique (ou si c'est le cas, essayons de sauver du feu ce qui reste possible). En 2005, la France faisait autant d’export vers la Chine que vers le Portugal, c’est dire le poids de la Chine dans nos exportations ! En fait, nous vendons trois fois rien aux chinois qui en achetant quelques Airbus (qui devront être produits sur place) bénéficieront d’un transfert de technologies à titre gracieux. Si la Chine fait du commerce avec les autres pays émergents, elle ne gagne souvent pas d’argent, elle cherche avant tout à se placer comme fournisseur, pour casser la concurrence ou pour capter des approvisionnements en pétrole (BTP en Afrique qu’elle vend à l’Yuan symbolique grâce à une armée d’esclaves payés 1 euro par jour). Avec l'Inde et la Chine, on est dans une logique de guerre économique dans laquelle nous sommes perdants.

L’Europe, simple espace de libre échange, telle qu’elle existe, nous mène à notre perte car elle n’est pas un bloc unique mais un conglomérat d’Etats qui se livrent une concurrence entre eux avant tout.

Au point de départ, le projet d’Europe qui nous a été « promis» est une illusion car on nous a vendu en réalité « l’idéal du libre échange » en nous faisant croire que l’on poursuivait « l’idéal européen ».
Encore faut-il bien reconnaître que les vocables utilisés n’étaient quand même pas tout à fait trompeurs :
- Traité de la communauté économique du charbon et de l’acier,
- Traité des Communautés économiques européennes (passée ensuite au singulier)
- Traité de l’Acte Unique.

Le traité de l’Union européenne a opéré un transfert de compétences des Etats en matière économique et financière pour créer une monnaie unique pour faciliter les échanges. Mais on n’a pas voulu aller au-delà. C’est là l’erreur capitale de nos dirigeants d’alors qui a créé le carcan que nous subissons aujourd’hui. Car il fallait au contraire à ce moment + d’Europe pour faire les Etats-Unis d’Europe. La monnaie unique aurait dû s’accompagner d’un gouvernement politique et économique unique européen et exclure les pays qui n’ont pas souhaité participer à l’Euro à commencer par le Royaume Uni (car concrètement est-il cohérent qu’un pays qui ne participe pas à la monnaie unique puisse avoir un droit de véto sur la prise de décisions économiques indispensables à la politique économique des pays passés à l’Euro ?). Deuxième erreur : Mitterrand, Balladur, Chirac acceptant un élargissement aux pays de l’est sans réforme des institutions. L’Allemagne à l’époque demandait qu’on lui permette d’absorber l’ex Allemagne de l’est.

Aujourd’hui, la croissance économique européenne est uniquement fondée sur la consommation. Si on ne soutient pas la consommation, comme les Etats-Unis, on n’a plus de croissance et la chute sera forte et douloureuse.

Or le problème c’est qu’en Europe, on n’a pas de gouvernement européen, ce qui oblige à passer par le mécanisme de décision à l’unanimité des Etats, si l’on voulait adopter un plan de relance de l’économie européenne comme le suggère François Fillon (pour copier le plan de relance des Etats-Unis). Un seul Etat peut tout bloquer alors que les Etats-Unis ont pris des mesures de relance à plusieurs reprises depuis un an pour éviter le pire.

Aujourd’hui, face au spectre de la récession, il y a deux options possibles (il faut lire les économistes indépendants et pas les journaleux qui prétendent faire du journalisme économique et encore moins les banques qui n’ont aucune légitimité vu qu’elles ont créé la crise bancaire actuelle et qu’elles n’ont pas encore révélé l’ampleur exacte des créances douteuses dont elles cherchent à se défaire) :

OPTION 1. L’Allemagne change de jeu car sa force tient dans sa capacité à pouvoir choisir ses acheteurs : elle fabrique et vend des produits uniques qu’aucun autre pays n’est capable de produire. Si on donne la préférence communautaire, la demande serait européenne et elle vendra sa production (c’est donc assez neutre pour elle).

Mais il faut encore réunir plusieurs conditions:
- les 27 doivent trouver un consensus immédiatement sur un plan de relance (il est plus simple de convaincre tout le monde devant une situation de crise)
- une politique protectionniste passant par une vraie préférence communautaire et certaines barrières douanières (par exemple est-il normal d’importer des produits fabriqués ou cultivés avec des substances interdites en Europe ?)
- modération salariale, augmenter la productivité et la production en Europe et faire comprendre que l’on joue l’avenir de nos enfants !

OPTION 2. On continue à ne rien changer (car il est toujours plus facile de casser que de construire) et alors dans ce cas, il faut aussi expliquer à tout le monde que l’économie européenne toute entière peut s’effondrer de manière accélérée dans les 15 ou 20 prochaines années (c'est-à-dire demain), sous l’effet de la purge des mauvais crédits.

La France est empêchée de fonctionner sous le poids de ses dépenses colossales :
PIB marchand : 1500 milliards d’Euro
Dépenses sociales : 500 milliards d’Euro
Dépenses de l’Etat : 300 milliards d’Euro
+ 300 000 retraités de + chaque année
Déficit annuel des régimes de retraite chaque est passé de 5 à 7 milliards

Il faut donc aujourd’hui être clair vis-à-vis des citoyens.

Les cotisations qu’ils versent aujourd’hui leur garantissent-elles leurs droits futurs à pension de retraite de répartition ? La question se posait il y a 20 ans mais à l’époque le scénario était inquiétant mais il n’avait pas prévu le scénario actuel !

Si la stratégie économique en Europe consiste à ne pas soutenir la consommation interne européenne (alors qu’elle est la seule source de notre croissance) pour capter celle des pays émergents, notre système est voué au déclin.

Le nombre de personnes « actives » et la production en Europe ne suffiront pas pour faire face au règlement des pensions car nous n’aurons aucune croissance économique. Cela veut dire que ceux qui ont entre 20 et 45 ans doivent cotiser sans avoir la certitude de pouvoir toucher quelque chose ?

Qui dit baisse de la consommation européenne, dit baisse de la production en Europe. Même chose pour les services.

Même chose pour les dirigeants de TPE et PME qui aujourd’hui se voient accorder des prêts à moyen et long terme pour financer des investissements et des actifs durables, qui dans 20 ans, se seront dépréciés en grande partie ou ne trouveront pas preneur lorsqu’ils voudront les céder pour dégager un capital retraite.

En résumé, si rien ne change en Europe, évitons de placer nos billes en Europe et surtout pas dans des obligations d'emprunt émis par les Etats européens (qui risquent de se transformer en monnaie de singe) et réduisons au maximum nos cotisations obligatoires aux régimes obligatoires.


"Un problème sans solution est un problème mal posé. ".
Albert Einstein


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